J’avais beau leur présenter quantité de situations misogynes, leur expliquer que les genres n’étaient que pures créations sociales, ou bien leur demander ce qu’il y avait de naturel à être dirigé par des hommes (outre le fait qu’eux-mêmes le décrétaient), il y avait toujours quelqu’un pour contester, pour refuser d’admettre que les femmes étaient culturellement opprimées.

La plupart du temps, mes élèves ne voulaient tout simplement pas entendre de critiques concernant les femmes qui comptaient pour elles, celles qui avaient choisi de rester à la maison pour élever leurs enfants. Il leur fallait toujours un peu de temps pour réaliser que le féminisme ne prétend pas invalider les décisions prises par certaines, mais souhaite donner le droit aux femmes de faire tous les choix possibles. Si les filles se rendaient bien compte que certaines situations relevaient de l’oppression, certaines persistaient à penser qu’elles n’étaient pas personnellement concernées. J’avais une liste de questions spécialement pour elles : « Vous a-t-on déjà sifflée et vous êtes-vous sentie en danger ? », « Avez-vous préféré ne pas vous défendre par peur des représailles ? », « Pensez-vous qu’ils soit nécessaire de vous maquiller avant de sortir de chez vous ? », « Quand vous feuilletez un magazine, le refermes-vous avec systématiquement une liste de cinquante choses qui clochent chez vous ? ».

Ce qui m’a frappée, à la lecture de Bitch Planet, c’est que nous sommes déjà dans la situation qui y est dépeinte. Nul besoin de nous envoyer dans l’espace pour nous coller l’étiquette « non-conforme ». Il suffit d’avoir quelques kilos en trop. De parler trop fort, d’avoir une opinion un peu trop affirmée sur Internet…ou d’être une femme de couleur. Statistiquement, les afro-américaines ont trois fois plus de risques d’être condamnées à des peines de prison que les blanches. Et la plupart de ces affaires impliquent d’une manière ou d’une autre, des hommes. Les prostituées sont d’ailleurs bien plus sévèrement punies que leurs michetons.

Les séries comme Orange Is The New Black sont ben souvent inspirées de faits réels. Cependant les discriminations raciales ne sont pas spécifiques au milieu carcéral.

Notre couleur de peau détermine en grande partie notre destin. Les standards de la beauté donnent l’avantage aux blanches : partant de là, toutes les autres sont non-conformes.

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