Dans le reflet du miroir, un reflet bien sombre. Le féminisme : Perceptions et idées reçues.

Le féminisme fait partie de ces notions si simples qu’il est aisé de les déformer et de les interpréter de manière erronée. Certaines embrassent la cause et la transforment en idéologie. D’autres la contestent. Dans les deux cas, des tactiques similaires son appliquées : la peur, la division, la confusion.

Celles et ceux pour qui le féminisme constitue une menace clament que dans notre société moderne, le sexisme et les inégalités hommes/femmes n’existent pratiquement plus : par conséquent , il vaudrait mieux parler d’ « égalitarisme ». A la manière des Blancs qui refusent de se confronter au racisme qui gangrène notre société et qui veulent faire croire que l’élection d’Obama a marqué le début d’une ère « post-raciale », les participants de l’ « égalitarisme » voudraient que nous nous focalisions sur des victoires superficielles alors que les inégalités entre les sexes persistent. Et, si jamais vous n’êtes pas convaincue et refusez en bloc le féminisme, ces gens tentent de vous effrayer en dressant des portraits très peu flatteurs, voire même dépréciatifs, des féministes. A ce moment là de la conversation, mitigée et sans trop de conviction, peut-être en viendrez-vous à déclarer : « Je ne suis pas féministe, mais je crois franchement en la force des femmes ». Nous devons cette déclaration à Katy Perry qui, en 2012, venait recevoir le prix Bilboard de la Femme de l’année. Quelles conséquences me demandez-vous ? Eh bien dans l’imaginaire collectif, la féministe est si « bien définie » que, lorsque Beyonce s’est déclarée féministe, les gens ont crié au mensonge. Pourquoi ? C’est terrible, mais la réponse semble se réduire à un simple postulat : elle est bien trop sexy.

L’émancipation de « Bey » a été complètement analysée et décortiquée : ce n’est pas le propos ici. Les réactions qui ont suivi ses déclarations, y compris au sein de certains groupes qui se revendiquent du féminisme, prouvent bien que la conception de la « féministe type » a été largement déformée. Les caricatures qui circulaient dans les années 1960 et 1970 persistent toujours et ont à peine été remises au goût du jour. Les féministes sont toujours prétendument d’amères misandres dépourvues de tout sens de l’humour. Cette caricature peut être aisément adaptée, quel que soit le sous-groupe de féministes que vous voulez dénigrer. Il vous suffit d’assaisonner à votre convenance . Un exemple : selon une des légendes les plus drôles, le féminisme noir ne serait né que parce que des agents de la CIA auraient manipulé des Noires, les auraient poussées à devenir féministes (ou womaniste) dans le simple but de détruire le mouvement du Nationalisme Noir, dont les leaders étaient des hommes. Bon, il s’agit d’une histoire vraiment tordue sur le stéréotype « anti-hommes », mais au fond, cette théorie n’est que le reflet de cette peur ancienne et typiquement patriarcale : la perte de contrôle.

Pour rester les seuls maîtres à bord, les hommes se doivent de renforcer les disparités hommes / femmes et de préciser les conséquences qui résulteraient d’un non-respect des normes . Celles-ci deviennent plus qu’explicites si l’on se penche un instant sur la très répandue insulte hétérosexiste : « Tu ne trouves pas de mec et ça te rend aigrie ». Et voilà, synthétisé par le patriarcat, le récit complet d’une conversion au féminisme : tu es très peu féminine, limite garçon manqué, ce qui explique que les hommes te rejettent : c’est cela qui te pousse vers la misandrie et les convictions féministes.

On pourrait avancer le contre-argument suivant : le besoin persistant de remettre en cause la légitimité des opinions féministes d’une femme naît d’une incapacité certaine à accepter l’expression de sa sexualité et n’est que l’écho des croyances antiféministes primitives, ayant originellement engendré ce mouvement.

De la même manière, de légitimes objections ont été portées au sein même de mouvement féministe par des femmes de couleur, homosexuelles, transsexuelles concernant un certain manque d’intersectionnalité et l’existence de comportements excluants. Sans surprise de tels faits sont du pain béni pour les « pro-patriarcats ». Inutile de préciser que les féministes en question ne se sont pas empressées d’envisager un seul instant qu’elles aient pu se rendre complice de racisme et d’homophobie ou de transmisogynie, préférant continuer à dénoncer l’acharnement de leurs ennemis historiques. Avec autant de forces qui tendent vers la marginalisation de certaines catégories de femmes, preuve en est que le féminisme n’est pas une philosophie viable. Il est capital pour nous de faire face à ces problématiques plutôt que de tenter de réduire au silence les femmes qui les dénoncent. La réponse à la question «  A qui bénéficie le féminisme ? » devrait tomber sous le sens. Mais placer la femme blanche, « cisgenre » et hétérosexuelle au centre du débat soulève la question. Si l’empathie et la compréhension ne s’imposent pas d’elles mêmes aux femmes « privilégiées » et ne les convainquent pas de la nécessité d’un féminisme « intersectionnel », peut être seront-elles convaincues par la menace de luttes internes et par l’apparition du fait de leurs propres actions et comportements, d’arguments antiféministes.

Quiconque voudrait rejoindre ce mouvement se verrait contraint de naviguer à vue au beau milieu d’un océan miné par les idées préconçues. Mais voilà : cette course d’obstacles a été inventée et mise en place par ceux qui s’imaginent avoir beaucoup à perdre, dans un monde où le féminisme serait érigé en doctrine sociale et politique dominante. Aucun itinéraire simple et sûr n’est tracé. Les vérités féministes devraient s’imposer d’elle mêmes. Mais quand la vérité est entachée de mensonges et de tromperies destinées à monter les femmes les unes contre les autres, il n’est guère surprenant que la majorité d’entre elles choisissent de rejeter le mouvement en bloc. Je ne peux aucunement leur en vouloir. Détester les femmes qui tomberaient dans les pièges tendus par les avocats du patriarcat ne ferait que renforcer leurs convictions que le féminisme n’est pas universel. Celles d’entre nous qui l’ont compris se doivent d’agir en bergères auprès des brebis égarées. Seuls la patience et le dialogue sont en mesure de déjouer les idées reçues qui ont empoisonné le féminisme.

Tasha Fierce est une femme noir originaire de los angeles sont travail figure dans des recueils tels que white riot: punk rock and the politics of race ou hot & heavy, love and fashion. Elles est également publier dans bitch magazine, jezebel et the huffington etc…

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