Voici mon témoignage sur l’agression que j’ai subi mardi 9 février pendant le carnaval de Montpellier. Voilà presque un an qu’il y a des tensions entre les militantes féministes et le bar militant le Barricade. Jusqu’à présent il ne circulait que des rumeurs, souvent déformées (parfois volontairement). Arrivée au stade de la violence physique il est temps de clarifier et rendre publique cette affaire. Ainsi mettre fin au flou qui entoure cette histoire permettra à chacun.e de se positionner en connaissance de cause.

Trop souvent les violences faites aux femmes sont passées sous silence y compris à l’extrême gauche. Pourtant il est nécessaire de les publiciser pour que le malaise change de camp, et que ça ne soit pas l’agressée qui subisse l’isolement, comme c’est le cas jusqu’à présent, mais l’agresseur. 
J’ai été violemment attaquée par un membre du Barricade (bar alternatif de Montpellier qui comprend des militants, de l’AL, CGA, PCM, et pas encartés) mardi 9 février au carnaval.
On était en groupe avec mes ami.e.s. Quand je me suis retrouvée seule avec une copine, c’est là que X du barricade m’a lâchement foncé dessus et m’a attaquée par derrière (petit détail: les capacités martiales entre nous deux sont un peu disproportionnées quand même!).
A savoir, quelques minutes juste avant m’agresser il était allé prendre la tête a un camarade qui soutient les féministes dans cette affaire. On remarquera que moi j’ai même pas eu droit a une prise de tête préalable, mais juste à de la pure violence physique.

J‘ai pris un coup sur la tête, puis, il m’a coincée dos a lui en m’étranglant avec son bras et en me menaçant a l’oreille « d’arrêter de les chercher » lui et son bar.
Je hurlais de me lâcher et j’appelais à l’aide. En me débâtant j’ai aussi pris un coup sur la hanche qui m’a laissé un gros bleu.
Il ne me lâchait pas, je ne pouvais presque pas respirer. Ma copine essaya de le pousser mais impossible de l’arrêter. Quand les gens autour ont commencé à comprendre ce qui se passait (ça a été un peu lent) il y a eu un mouvement de masse vers X, et c’est donc à ce moment-là qu’il m’a libérée pour aller hurler un peu plus loin comment il était fier de lui de m’avoir attaquée dans le dos.

Heureusement, l’acte ne resta pas longtemps sans réponse: de suite après mes ami.e.s sont venus me demander ce qui c’était passé et m’ont defendu en conséquence.
L
es membres du Barricade qui étaient present.e.s n’ont pas réagit vis à vis de moi, à part l’un d’entre eux, le seul a avoir été correct ce soir là, qui m’a demandé inquiet ce qui c’était passé et qui est parti voir son pote qui malgré tout restait incontrôlable et agressif.
Les membres du Barricade sont évidement au courant de cette violence (plusieur.e.s étaient présent.e.s). Or, jusqu’à ce jour, aucune mesure n’a été prise à l’encontre de mon agresseur. De même, je n’ai reçu aucune excuse et ils n’ont fait aucune tentative de me contacter. Actuellement, je suis obligée de subir la présence de mon agresseur qui se balade sans honte avec ses ami.e.s du Barricade dans les mobilisations.
Selon eux, “il n’y a pas mort d’homme”…

Mais pourquoi cette agression?
J‘ai participé à l’écriture collective d’un mail interne en soutien à une camarade féministe.

En mai 2015 huit membres d’un cercle de lecture féministe matérialiste, qui se réunissait au Barricade, ont écrit un mail de soutien à une de leur camarade. J’ai participé a ce mail.
Cette camarade (qui était aussi animatrice des cours d’arabe au barricade) a été témoin d’une agression homophobe (coup et insultes) dans ce lieu, elle s’y est opposée. Elle l’a signalé aux membres du Barricade.
Par la suite, à une autre occasion, toujours au Barricade, elle fut l’objet de coup de pressions, insultes et intimidation de la part ce même type qu’on appellera Y (pote d’un membre du Barricade).
Après ce dernier incident, le Barricade restait sans réaction (à part répéter que c’était une embrouille de bourrés et de réprimander un de leur membre qui c’était énervé contre Y).
La camarade en question leur envoya donc un mail pour leur annoncer sa démission en tant que adhérente au Barricade et animatrice des cours d’arabe et pour expliquer pourquoi ces cours ne se tiendront plus au barricade. Vous pourrez lire son mail (et les autres mails que je cite) à la fin de ce texte en guise de temoignage.

Le lendemain le cercle de lecture devait se réunir mais à au lieu de faire la lecture comme prévu il adressa un mail interne à l’adresse du Barricade en soutien à leur camarade agressée (elle était présente lors de l’écriture de ce mail). Mail où on leur disait qu’on pouvait plus continuer nos ateliers de lecture dans leur bar vu la situation et à la fin on faisait une invitation à la discussion.

Ce mail fut très mal reçu par les membres du Barricade. A tel point que lorsque, peu après quand nous primes l’initiative d’inviter le Barricade a une discussion (je cite) «afin que des tensions ou des incompréhensions ne subsistent pas entre nous », trois mandatés de celui-ci sont venus pour nous informer qu’ils et elles ne répondraient pas à notre mail et que plusieures des signataires du mail de soutien à la camarade agressée « ne seraient plus les bienvenues » et ne seraient « plus servies au barricade »
Quand on a demandé qui ne servirait plus qui on nous a répondu qu’ils pouvaient pas nous le dire!
Le motif : le caractère « agressif » (sic!) du mail qui leur a été adressé… Notons que Y n’a pas fait l’objet d’un traitement similaire…
On en concluera donc que, pour le barricade, son comportement est moins agressif que notre mail, d’ailleurs très peu de temps après Y revenait au bar sans problème.

Climat de tension, sales méthodes : de l’acte individuel à la responsabilité collective

Suite à notre mail de soutien, on a prit connaissance que dans la liste mail interne du Barricade il y avait eu des réactions super violentes et méprisantes, des demandes d’exclusion collective ou nominatives, des insultes et des accusations de leur planter un couteau dans le dos et de créer la division.
Le seul membre du Barricade qui nous soutenait fut invité à quitter celui-ci…

Suite à notre exclusion annoncée à la réunion Barricade/Féministes, et en ayant appris les propos délirants échangés dans leur liste mail, nous fûmes plusieures à chercher à parler avec des membres du Barricade qui : soit refusaient clairement de nous adresser la parole, soit nous soutenaient qu’on avait été violentes et qu’ils n’avaient rien à se reprocher, soit, au mieux, qu’on avait abusé mais qu’on pourrait peut-être revenir au bar à la rentrée quand les membres du barricade seraient moins faché.e.s.
Ils nous reprochaient de pas être passées par la voie informelle et interpersonnelle pour leur parler des agressions de Y.
Aujourd’hui encore ils continuent de l’appeller “embrouille de bouré.e.s avec language sexiste” et notre mail interne “campagne de diffamation” et “agressivité”.

Ce n’est pas parce qu’on pouvait avoir des liens affinitaires avec certain.e.s membre du bar que c’était à travers l’affinitaire que ce problème devait être réglé. Une critique politique se règle formellement.
On ne s’adressait pas à UNE personne du bar mais au collectif gérant ce lieu, lieu où la charte qu’ils et elles ont écrit collectivement dit ne pas tolérer ce genre d’actes.
Leur approche relève d
e l’immaturité la plus totale, et de la ligne politique la plus floue.
Ces deux mails se transformèrent très vite, pour la plupart des membres du barricade, en tentatives personnelles de certaines d’entre nous pour « détruire le milieu militant ».
Décidément incapables de se placer sur un terrain politique, ils ne s’attaquent pas a nous collectivement mais à certaines parmi nous personnellement.

Depuis le tout début de cette histoire la personnalisation du conflit et sa dépolitisation fut leur stratégie principale en créant des boucs émissaires et en essayant de nous isoler, nous diviser et nous diffamer.
Le conflit a pris des proportions complètement délirantes et irrationelles, des mensonges et des déformations des faits ou de nos propos étaient le pain de tous les jours! Le Barricade avait plusieurs versions différentes des faits en fonction de l’interlocuteur (ici on apprenait que l’agressé était en fait un agresseur; là-bas que Y était effectivement un agresseur mais qu’il avait accepté de suivre une formation anti-patriarcale (?)…). D’ailleurs après avoir appris que Y devait être exclu, on a finalement appris qu’il ne l’avait jamais été.

Ce comportement a mené à une telle confusion que le débat politique, qui était déjà laborieux, fut saturé, et bientôt impossible, tellement ils l’avaient transformé en embrouilles interpersonnelles et tellement les faits avaient été deformés.

Mais ne nous y trompons pas, pour nous les conséquences immédiates furent éminament politiques ! Un climat de tension se mis en place (exclusion de fait de certaines activités politiques) : Ags ou rencontres qui s’organisaient dans le bar où on était plus les bienvenues, messages privés mensongers de la part de quelques membres du barricade à des connaissances en commun pour nous discréditer et lancer des rumeurs sur certaines d’entre nous, sans compter tou.te.s les militant.e.s qui nous disaient plus bonjour du jour au lendemain sans même chercher à nous parler de cette histoire… Bref, faits qualifiables de harcèlement jusque dans la vie privée…


Et pourquoi on a pas tout exposé dès le début?


Le fait que nous les féministes avions écrit deux mails qui restaient privés, le fait qu’on ait eu l’intention de régler ça en interne était un CHOIX.
On aurait pu crier sur tous les toits cette affaire et le positionnement dégueulasse du Barricade, mais contrairement à ça on a CHOISI, VOULU, arranger ce problème avec eux et elles.

Nous n’avons pas émis une critique envers ce collectif par radicalité gratuite ! Notre mail était avant tout une initiative à gérer le problème.


On s’imaginait que la critique allait pas leur plaire mais on pensait sincèrement (et naïvement) qu’on allait discuter, arranger nos diff
érents, et régler cette affaire, que l’agresseur en question allait être viré et que nous on allait revenir.
Nous avons toutes été choquées par les proportions que ça a pris.
Le Barricade, étant incapable de se remettre en question, a préféré nous exclure et refuser le débat politique.
De notre côté on était fatiguées d’essayer de répondre rationnellement à des multiples attaques complètement délirantes et on pensait que rendre notre exclusion publique, allait empirer notre situation, déjà assez limite, dans la ville.
On peut juste constater qu’on avait tort et que, au lieu que le conflit se tasse, il n’a fait que s’accentuer jusqu’au stade ou l’un d’entre eux s’est cru en droit de m’étrangler.

Cette agression n’est donc pas un dérapage individuel déconnecté de tout contexte, mais une action objectivement encouragée par ce climat hostile de tension et d’acharnement créé et alimenté par les membres du Barricade et qui plus est, focalisait énormément sur moi.

Début décembre, ce climat a été ravivé et intensifié par le soutien du groupe de rap Rascacapac qui a refusé publiquement de jouer au Barricade “tant que dureront les problèmes de sexisme et d’homophobie dans ce lieu”.
Ils ont de suite reçu un message de la part d’un cadre du bar en exigant qu’ils retirent leurs propos ainsi que des messages privés diffamatoires accusant certaines féministes et leurs alliés de diverses choses délirantes.


Comment qualifier de “diviseuses de milieu” des militantes qui, après plusieurs tentatives de régler ce problème, se retrouvent insultées, méprisées, exclues, diffâmées par des membres du Barricade? Comment se taire suite à cet acharnement qui a aboutit à une agression physique?

Finalement, qui divise et passe son temps à exclure tous ceux et celles qui osent émettre une critique ? Qui a refusé dès le départ le réglement formel et démocratique en interne du différend politique?
Qui a rendu mon agression possible?

Le Barricade.


On nous a reproché de briser l’unité. Or, être uni.e.s doit supposer que l’on puisse formuler une critique,
même virulente, par la voie formelle sans risquer de répression, c’est la différence fondamentale entre l’unité et la soumission.
On ne peut pas parler d’unité quand on exclut du débat les critiques des féministes et les féministes elles mêmes. Comment être uni.e.s en sachant qu’on peut se faire exclure pour une critique adressée par mail interne?

Comme l’aurait sûrement dit la Camarade Emma Goldman: “si je ne peux pas émettre une critique ce n’est pas mon local associatif avec buvette”!

Je m’en doutais qu’ils allaient finir par m’intimider physiquement un jour où ils auraient bu 2 verres de trop! Mais ma question était plutôt lequel allait craquer le premier… Bon, maintenant mystère résolu! Et vu qu’ils sont incapables de répondre sur un plan politique, faudra voir qui sera le prochain étrangleur après la publication de ce texte!

Pas suffisant de m’exclure de leur bar, et de fait d’une partie des activités politiques, maintenant je n’ai pas non plus le droit de participer à un évènement festif de la ville…
On ne peut que constater que leur très médiatisée formation interne “anti patriarcale” de décembre dernier n’a, hélas, pas porté ses fruits!


Après tout ce temps et malgré une agression physique avec des témoins le Barricade reste incapable de se remettre en cause.

Nous avions fait le choix de ne pas diffuser massivement cette affaire pour les raisons indiquées plus haut, mais aujourd’hui la situation est différente.
Un cap a été franchi : celui de la violence physique.

Donc on tient à dire collectivement qu’aucune de leurs agressions ne restera sans réponse.
On est prêtes et prêts à répondre de la même façon qu’au carnaval. On a eu le bon réflexe de défense et on assume les coups qu’on a porté envers
ce crétin de X suite à mon agression et on recommencera si c’est nécessaire.

De leur côté certains du barricade disent qu’“il n’y a pas mort d’homme” et que nous aussi on a frappé.
Mais un coup n’en annule pas un autre, on n’est pas “quittes”.


Je ne pense pas que la violence ou l’intimidation soient des traits de caractère comme n’importe quel autre. Ils sont au contraire l’expression d’un rapport social, en l’occurrence le rapport homme/femme. Considérer la violence dont j’ai fait l’objet comme étant inhérente à la personnalité de mon agresseur c’est individualiser, essentialiser et dépolitiser le problème.
En plus d’être anti-matérialiste, il y a un aspect viriliste dans la minimisation d’une telle agression. Le “on est quittes vous avez aussi porté des coups” ou le “il n’y a pas mort d’homme” laissent entendre que la violence est une forme normale, banale de relation et de règlement des conflits. Comme si les deux violences (celle de l’agresseur et celle de l’agressée) avaient la même valeur et le même sens.
Ce que cache cet idéalisme viriliste c’est que la violence n’est pas neutre: il y a un agresseur et une agressée. Considérer la violence comme un mode normal de relation c’est banaliser l’une des formes les plus brutales de la domination masculine.

Ceux du Barricade qui renvoient dos a dos les violences de l’agresseur et de l’agressée utilisent strictement le même argumentaire que celui du procureur pour faire condamner Jacqueline Sauvage!
Une agression est un contenu politique en lui même car il rappelle, reproduit, une position sociale.

Aucun prétexte personnel d’alcool ou psychologisant n’est recevable.
Cette agression assumée individuellement porte la marque d’une responsabilité collective.

Dans le cas de quelques membres du Barricade cet idéalisme de la violence s’accompagne d’une vision fantasmée, stéréotypée du prolétariat. En effet, certains n’ont pas hésité à dire que le prolétariat était homophobe et sexiste et le présentent comme une sorte de fatalité.

Leur vision s’accompagne d’une certaine suffisance: la distinction se fait entre un prolétariat qui serait donc sexiste et homophobe, et des militant.e.s éduquées et formé.e.s qui ne le seraient pas. Finalement, dans la pratique, ces préjugés minables serviront surtout à justifier chez ces “militants éduqués” une tolérance envers le sexisme et l’homophobie (puisqu’il faut bien intégrer les pauvres prolos spontanément sexistes -en tous cas les mecs-). Et donc tant pis pour les prolétaires LGBT et les femmes qui représentent pourtant à eux deux la majorité de la classe.
Certes, l’idéologie dominante est celle de la classe dominante, cependant les contradictions dans la classe ne sont pas une fatalité ni un problème d’éducation.
Par ailleurs, ce genre de discours apparaît souvent dans des groupuscules interclassistes issus de mouvements étudiants par exemple. Ils sont caractéristiques d’un romantisme révolutionnaire “déconnecté des réalités populaires”.


Deux visions s’affrontent:
La vision idéaliste du Barricade pour qui le sexisme serait une idéologie à laquelle il suffirait de ne pas y adhérer.
Et la vision matérialiste qui, quant à elle, analyse le sexisme comme une relation sociale.

On ne peut pas se proclamer anti-sexiste tout en excluant des féministes car elles ont émis une critique par mail.
L’anti-sexisme est une pratique et non une simple auto-proclamation!

Certain.e.s militant.e.s, comme quelques un.e.s au Barricade, utilisent le chantage de l’unité pour faire taire les divergences. Au contraire je pense qu’ un éclatement sur la question du féminisme est le bienvenu.
Pour nous autres, communistes, l’unité à laquelle nous devons travailler, c’est celle du prolétariat. Pour ce faire, les luttes et les positions féministes doivent être une priorité car elles concernent la majorité du prolétariat et une place spécifique dans le capitalisme. Les tenants de la ligne tolérante envers le sexisme travaillent à la division de notre classe et à la contre révolution bourgeoise.
L’anti-féminisme est contre révolutionnaire camarades!

La violence, telle qu’elle a été pratiquée ici, et sa banalisation sont des dispositifs de reproduction de la domination masculine. De même que la marginalisation des revendications féministes dans notre camp.

 


La société individualise les violences faites aux femmes. Or ce témoignage n’est pas une situation isolée, dans d’autres villes, milieux, groupes, il existe des histoires similaires..

Il ne faut accepter ni la loi du silence ni les pressions à notre encontre. Nous, féministes, devons être dans la capacité de répondre à ça y compris physiquement car, que cette violence masculine soit exercée par un faf ou un gauchiste, c’est la même chose et la même autodéfense doit être appliquée.

Taire cette histoire en espérant que le conflit “se tasse” n’a servi qu’à me faire étrangler et frapper dans la plus grande indifférence. Se taire ne nous protège pas, il faut, au contraire, rompre l’isolement et créer de la solidarité entre nous. Le féminisme n’est pas une idéologie mais une pratique.
Les discriminations, intimidations et violences que subissent les féministes et les femmes en général doivent être dénoncées publiquement!

Militante féministe de Montpellier étranglée et frappée par un militant du Barricade
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